3- Pica et Picou.

Publié le par Pierre-Louis Daviken

Blog protégé

Fanch, Soizik et leur enfant Jakou se rendent au manoir de Pépé pour passer quelques jours de vacances. Deux jeunes pies amoureuses volent dans la forêt, Pica et Picou. Elles rêvent de leur nid, de beaux futurs œufs... Hélas, les choses de la vie en décident tout autrement. Picou se fait happer par une voiture, la voiture des heureux vacanciers.

Dans la forêt, les animaux se hâtaient pour se mettre à l'abri. Tous ? Non. Deux jeunes pies enamourées volaient encore dans l’insouciance. Elles faisaient des cabrioles au-dessus des arbres.
— Nous devrions peut-être rentrer, pépia Picou.
— Déjà ? Le soleil est encore haut.
Son amie avait les plumes de la tête en éventail.
— Tu es huppée comme une chiffonnette. Tu aurais besoin d’un bon coup de peigne.
La belle Pica se mit à roucouler, un brin amusée.
— C’est à cause de ce vent, il souffle n’importe comment. Et ces averses me font une drôle de mise en plis.
— Suis-moi, fit Picou.
— Où ça ?
Il plongea sous la canopée, sans se donner la peine d’attendre une réponse. Les deux oiseaux entamèrent un ballet entre les troncs et les rayons de lumière.
— Picou, attends-moi !
Les arbres lissaient un paysage vallonné que Picou semblait connaître par cœur malgré son jeune âge. Sa belle, encore juvénile, ne s’était jamais éloignée si loin de son nid. De grands rochers s’amoncelaient dans une gorge, faisant penser à l’œuvre de quelque géant. Picou s’enfonça pour se poser au bas du chaos de pierres.
— Un bain à cette heure-ci ? s’étonna Pica.
— Juste ta tête, jacassa Picou d’un ton faussement autoritaire.
Ses pattes trempaient sur le rebord d’une petite vasque d’où jaillissait une eau limpide. Un petit coin de paradis caché sous les feuillages, une salle de bain naturelle sous un ciel de lit.
— Toi le premier, l’invita-t-elle en lui donnant un grand coup d’aile.
Le pauvre s’étala dans la flaque de toute son envergure.
— Allez, shampouine-toi maintenant !
Un grondement de tonnerre mit fin à leurs ébats, les deux tourtereaux levèrent le bec de leur fontaine aux amoureux.
— Picou, j’ai peur, frissonna Pica.
Son bien-aimé, tout aussi craintif, s’élança comme une flèche au-dessus des frondaisons.
— Picou ! Ne me laisse pas toute seule !
— Attends-moi ! lui cria-t-il.
Il atteignit la cime d’un grand pin et prit le temps de s’ébrouer. Peut-être avait-il emmené sa belle un peu trop loin, se dit-il, surtout par ce temps. De son perchoir, il pouvait embrasser presque toute la forêt. Une haute colline rocailleuse perçait le toit des arbres. Le soleil tentait d’écarter des rideaux de pluie en dessinant quelques rayons sur une ria qui donnait sur la mer.
— Picou !
— Une minute ! Je cherche le manoir de Pépé.
Pica et Picou avaient choisi de construire leur nid en haut d’un grand peuplier plus que centenaire planté par un aïeul de Pépé. Leur arbre jouxtait le donjon du manoir et leur offrait une vue plongeante sur la vie de la basse-cour. Les deux jeunes pies avaient essuyé quelques moqueries du sérail de gélines. Pensez donc : bâtir un nid en plein mois de décembre, au lieu d’attendre l’arrivée des bourgeons. Quelle drôle d’idée. Mais Picou en était fier et ne se lassait pas d’admirer son home édifié à la force de son bec. Pour excuse, il avait fait savoir que la saison n’était plus à la neige, et qu’il valait mieux prendre de l’avance, plutôt que de risquer l’insolation. Noël aux balcons, Pâques aux tisons, n’avait plus court, le temps était vraiment détraqué. Bientôt ils pourraient demander à Pépé de faire pousser des palmiers. Un nid construit aux beaux jours de l’hiver qui se prenait pour l’été. Mais il manquait encore une dernière branche, pour clore le dôme dessiné en bulle protectrice au-dessus de leur future nichée.

Publié dans Extraits

Commenter cet article

Rebecca G. 20/06/2016 23:12

C'est tout??? A ce prix-là, un article par semaine, c'est bien peu à mon goût... ;)

Rebecca G. 26/06/2016 01:04

Bien sûr, je comprends... Je voulais juste dire que j'aurais aimé en lire plus, tellement c'est plaisant. :)

Pierre-Louis Daviken 22/06/2016 09:42

Merci Rebecca, mais je n'écris pas très vite.

Rebecca G. 20/06/2016 23:11

Je déguste... :)

Pierre-Louis Daviken 22/06/2016 09:40

Ce n'est pas trop mauvais donc.