6- le chemin.

Publié le par Pierre-Louis Daviken

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Ronron rêve, la pluie le réveille. Il confie au talus qu'il est à la recherche du manoir de Pépé. Sentant le chat perdu, le talus lui conseille d'aller demander de l'aide au chemin tout proche.

— Chemin, s'il te plaît… Voudrais-tu être le mien ? demanda Ronron poliment.
— Où vas-tu ? répondit une voix rocailleuse.
— Au manoir. Je voudrais savoir si tu veux bien m’y conduire.
— C'est vague.
— Tu ne sais pas ? bredouilla le chat. Tu n’as pas idée où se trouve le manoir ?
— Je possède pas mal d’indics, se vanta le chemin. Dans le milieu je peux obtenir pas mal de renseignements.
— Bien, respira Ronron soulagé, ne voulant pas paraître plus égaré qu’il ne l’était.
— Mais point celui-là, petit chat.
L’assurance céda le pas à quelques miaulements désabusés. Comment avait-il pu imaginer un instant que le premier chemin venu allait le conduire tout droit jusqu'à son but ?
— Cependant, fit le chemin qui ne voulait pas qu'on le prenne pour un cul-de-sac, je mène forcément quelque part.
— C'est vague, fit Ronron à son tour sur un ton un peu plus enjoué.
— Et si ce quelque part veut bien nous mener jusqu’à ton manoir…
Ronron se tint droit comme un sphinx, signe absolu de bonne figure et de bonne manière parmi d’autres signes de chat, mais ses battements de queue trahissaient une certaine excitation.
— C'est donc possible ?
— En faisant jouer mes relations, et de fil en aiguille…
— Ah ?
Les battements se firent roulement de tambour.
— Comment vas-tu t'y prendre ? s’empressa-t-il.
— Comme toi : à l'aide de mes moustaches, plaisanta le chemin.
— Pardon ?
— Innocent petit chat, j'ai bien plus de ramifications que tu n'as de poils aux pattes.
Ronron ne saisissait toujours pas le langage imagé de ce grand sentier.
— À quoi te servent tes espèces d’antennes qui dépassent de part et d’autre de ta frimousse ? demanda le chemin en rigolant.
— Justement, je m'en sers pour marcher dans le sombre, quand mes yeux ne peuvent plus voir correctement, miaula le petit chat.
— Ai-je des yeux ? continua le chemin.
— Non, fit Ronron.
— Bien ! Si tu es capable d'interroger tes antennes pour voir dans le noir, moi je suis capable… ?
Ronron fit un gros effort pour comprendre le raisonnement de son nouvel acolyte. Il ferma les yeux en réfléchissant durement.
— D'interroger les tiennes ? rayonna-t-il enfin.
Il faillit danser, il venait de comprendre ! De fil en aiguille comme on dit, tous les chemins mènent à Rome, et donc…
— Tu sais donc par où aller ? jubila-t-il.
Ses paroles restèrent en l'air, sans réponse.
— Tu sais bien par où aller ? répéta-t-il un tantinet anxieux.
Mais le chemin ne disait plus rien.
— Chemin ?
Était-il devenu soudainement muet ? Seul le chant de quelques petits moineaux meublait le silence.
— Chemin ? s’inquiéta Ronron.
— Un instant, chuchota celui-ci après de longues secondes. Je me concentre.
Ronron s'allongea. Ne valait-il pas mieux attendre sagement que risquer de contrarier un ami aussi providentiel ? Il fallait parfois savoir laisser le temps passer.

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