Partager l'article ! En guise de présentation...: Pépé tourna la dernière page. — Et voilà, c’est fini. ...
Pépé tourna la dernière page.
— Et voilà, c’est fini.
Il tenait dans sa main une jolie plume bleue, une grande plume d’aile d’oiseau, une rémige.
— Et maintenant qu’est-ce que je fais ? souffla Pépé.
— Tu n’écris pas une suite ? demanda la jolie plume bleue.
— Une suite ?
— Ben oui, une suite. Ils eurent beaucoup d’oisillons et les oisillons firent…
— Ah non ! Je t’arrête immédiatement.
Pépé ferma brusquement le manuscrit.
— Et si je jetais toute cette histoire dans le feu ?
Pépé habite un vieux manoir avec une grande cheminée où crépite du bon feu.
— Le feu ? miaula Ronron.
Ronron est un chat comme son nom l’indique, un chat qui a bien mérité de dormir auprès du feu. Ronron est un chat fatigué d’avoir joué un très grand rôle dans toute cette longue histoire.
— Pas au feu ! s’exclama Ronron en miaulant de travers.
Pépé haussa les épaules.
— Une histoire c’est fait pour être lue, ou sinon…
Ronron quitta sa cheminée et fit un bond sur la table en laissant traîner sa queue sous le nez de Pépé. Bleuette la rémige bleue, oui Bleuette car c’est son nom de jolie plume bleue, Bleuette se froissa légèrement entre les doigts du vieil homme.
— On ne peut pas brûler cette belle histoire, affirma-t-elle.
— Une histoire ! Une histoire !
Le manoir à Pépé a une âme. Cela peut paraître sans doute assez surprenant pour le commun des gens comme vous et moi, mais que cela n’en déplaise à ceux qui peinent déjà à comprendre la parole de leurs égaux, Pépé, lui, comprend parfaitement toute chose, qu’il s’agisse des hululements oniriques de sa chouette empaillée, des conseils avisés de Bleuette sa belle rémige bleue, des sentiments amoureux de Biclou son vieux vélo, ou encore des tics tacs expressifs de son étrange horloge comtoise, Pépé a des oreilles qui entendent et comprennent la parole des choses.
— Pépé, une histoire ! Pépé, une histoire !
Et certaines choses sont bien plus bavardes que d’autres.
— Une histoire Pépé ! Une histoire Pépé !
— Ça suffit ! s’énerva Pépé en raclant ses sabots par terre.
Dans la grande salle du manoir où vit Pépé il y a une large table en bois, un escalier en colimaçon qui mène tout droit, ou plutôt en tournant, au grenier où dort la chouette empaillée.
— Une histoire ! Une histoire !
Il y a aussi un vaisselier, une commode contenant tout un fric frac et surtout une grande et belle horloge comtoise avec son beau cadran cuivré et son grand balancier, une horloge qui, selon le temps qu’il fait, tourne plus ou moins rond, tourne plus ou moins à l’endroit ou plus ou moins à l’envers, une horloge qui descend ou remonte le temps à sa guise et sans qui cette histoire n’aurait sans doute jamais eu ni de début ni encore moins de fin.
— Les Schisteuses, ça suffit ! Ou bien…
Les Schisteuses se turent aussitôt en se faisant toutes plates.
— Ou bien je passe la serpillère, continua Pépé.
Qui sont donc ces Schisteuses réclamant à cor et à cri une histoire à Pépé ? Les Schisteuses font partie de ces choses (bien entendu pour tous ceux qui savent écouter les choses comme Pépé sait le faire) parmi les plus bavardes au monde. Les Schisteuses sont de solides dalles patinées, jadis extraites d’une ancienne carrière de schiste dans la campagne environnante. Depuis ces temps reculés, elle recouvrent le sol du manoir et s’ennuient fermement d’être parquées dans la grande salle sans savoir ce qui se passe au dehors. Alors, elles aiment bien qu’on leur raconte de belles histoires, mais elles ont horreur qu’on leur passe un coup de serpillère humide sur le dessus.
— Je vais ranger le roman dans le tiroir de la commode, dit Pépé.
— Pour que tout ceci finisse par s’oublier ? s’énerva Bleuette en frisant des barbules. Va donc prendre l’encrier et un paquet de feuilles blanches.
— Pour que j’écrive à la marchande de vélos ?
Pépé a toujours eu un faible pour la marchande de vélos, mais Bleuette la jolie rémige ne semble pas vouloir (pour cette fois-ci) aider son Pépé à griffonner une belle lettre d’amour à sa jolie marchande.
— Ne fait pas l’idiot. Tu sais très bien à qui tu dois écrire.
Pépé rechigna en tapotant sur son ouvrage.
— Je ne sais pas trop comment expliquer que cette histoire est une belle histoire et que…
— Je te dis que ce sera un beau livre avec une couverture en papier glacé et que…
— Et que je pourrais aller l’acheter chez le libraire ? s’illumina Pépé.
— Pour que faire ? s’étonna Bleuette.
— Pour que j’en offre un à la marchande de vélos.
Pépé s’activa, Ronron ronronna, l’horloge cliqueta et Pépé sortit du tiroir une pile de feuilles blanches tout en dévissant le bouchon de l’encrier. Il trempa Bleuette dans l’onctueux liquide noir.
— On commence par quoi ? dit-il.
— Doucement, fit Bleuette. Ne me secoue pas comme ça, tu vas faire une tache.
Pépé était fébrile, écrire une histoire est une chose, la présenter en est une autre.
— Tout d’abord, tu vas présenter tes personnages, fit Bleuette.
— Jakou ? Jonathan ? L’Ankou ? Kronos ? Pica ? Picou ?
— Et nous ? Et nous ? scandèrent les Schisteuses.
— Et moi, rajouta Ronron.
— Et moi ! sonna l’horloge comtoise.
— Vas-y ! fit Bleuette, l’encre commence déjà à sécher.
Pépé s’appliqua, l’exercice n’était pas aisé, par qui commencer ? Pica et Picou, oui c’est ça ! Les deux jeunes pies séparées par un drame épouvantable. Fanch, le papa de Jakou, le fils de Pépé, Jeannette la maman de Jakou…
— Te perds pas dans les détails, s’agita Bleuette.
Titine, la voiture de Fanch, Titic, le bateau traîné par Titine…
— Explique ! Explique en même temps ! s’énerva Bleuette.
— Tu penses que je dois dire que Titine a renversé Picou au tout début de l’histoire ? Et que Jakou a ramassé cette pauvre pie blessée pour la cacher dans le bateau ?
— C’est cela, fit Bleuette, mais n’en fait pas trop non plus. Tu n’es pas en train de réécrire toute l’histoire.
Pépé écrivit du mieux qu’il put. Ce devait être de chouettes vacances au manoir, mais voilà… une jeune et insouciante pie, Picou de son nom, amoureuse de sa belle Pica, ne fit pas attention à Titine qui roulait trop vite sous la pluie. Et se fut un choc terrible. Titine en perdit son essuie-glace. Heureusement (pour l’oiseau et pour l’histoire), le petit Jakou ramassa la pauvre pie blessée et cacha celle-ci sous la bâche du bateau. Son papa Fanch n’aurait pas voulu d’une vilaine bête amochée dans sa belle voiture. Les vacances commençaient très mal, une monstrueuse tempête éclata au milieu de la nuit, entraînant Titic le bateau (trop compliqué à démêler le pourquoi du comment en quelque mots) au milieu d’un océan en furie. La vie de Picou, balloté dans les flots, ne tenait plus qu’à un fil…
— Et moi ? miaula Ronron. Tu m’as oublié. Tu n’as pas encore écrit pourquoi je suis le héros de cette histoire.
— Ah oui, c’est vrai, fit Pépé.
Ronron était resté en ville, craignant qu’il ne dévore les poules à Pépé, les parents de Jakou avaient préféré le confier à la voisine. Du moins… c’est ce qu’ils pensaient. Ronron décida tout seul de rejoindre coûte que coûte le manoir à Pépé, rêvant de bon lait et d’une douce cheminée, bien meilleurs que le lait écrémé de la voisine et la froideur de son radiateur d’appartement. Ronron quitta seul sa ville, rejoignant la campagne en demandant son chemin à un chemin (Eh oui ! Ronron comme Pépé, sait parler à toute chose, y compris un brave chemin érudit de géographie) qui le guida gentiment jusqu’à l’orée de la forêt où vivait Pépé. Ronron aurait pu s’en tirer comme ça, s’il n’avait pas croisé le funeste l’Ankou.
— Tu es obligé de parler de l’Ankou ? se plaignit Ronron en sortant ses griffes.
Il faut dire que l’Ankou n’est autre que le valet de la mort et que quiconque le croise est promis à une mort prochaine.
— Oui, fit Pépé, et ne tremble pas comme ça. L’Ankou n’existe que dans les histoires et tu sais très bien qu’avec moi, ici, tu ne crains rien.
En pleine nuit, poussant sa brouette, l’Ankou partait chercher le corps et surtout l’âme de la pauvre pie moribonde (c’est son rôle de valet de la mort), quand il rencontra Ronron.
L’Ankou et Ronron (malgré lui) firent un bout de chemin ensemble, jusqu’à ce qu’ils arrivent au ponton près du manoir, là où Fanch et Pépé avaient solidement (croyaient-ils) attaché le malheureux Titic. Mais l’Ankou arrivait trop tard, de grosses rafales ayant rompu les amarres, Titic avec Picou dérivaient très loin dans une mer déchaînée.
— Ne te perds pas dans les détails, s’agita Bleuette avant que Pépé ne la replonge dans l’encrier.
Pépé se fit plus bref.
Ronron réussit à rejoindre le manoir, tremblant encore de sa terrible rencontre pendant que l’Ankou tentait de retrouver la trace de Picou.
Pépé leva sa plume.
— Pourquoi t’arrêtes-tu ? demanda Bleuette.
— Il faut que je parle de toi, de ton copain Stradi le violon, de Jonathan le goéland que tu as rencontré au milieu de l’océan, de ses amis la mouette rieuse et son copain Foufou…
— Laisse tomber, fit la rémige bleue, sinon tu y seras encore demain. Ecris simplement que la rémige bleue (moi), aidée d’un goéland appelé Jonathan (prénom très commun chez les goélands) et aidée par le vent, nous avons réussi à vaincre un terrible ouragan et faire échouer Titic sur une plage de sable blond.
— Ça suffit ?
— Bien sûr. Et rajoute que toi Pépé, prévenu par la belle Pica, tu es allé en pleine nuit recueillir le pauvre Picou qui gisait sur la plage.
— Et j’ai ramené cette pie au manoir en pensant l’empailler comme la chouette car je croyais qu’elle était morte, dit honteusement Pépé.
— Voilà, fit Bleuette.
Pépé fit tourner sa plume nerveusement.
— Ben alors ? fit-elle.
— Ben alors quoi ?
— Et la suite ?
Pépé tapa du sabot en parlant de serpillère.
— Qu’est ce que vient faire une serpillère la dedans ? s’étonna Bleuette.
— Rien rien, fit Pépé. Les Schisteuses allaient encore se mettre à parler. Alors pour les faire taire…
L’horloge fit faire trois tours de cadran à ses aiguilles en lâchant ses ressorts, comme pour dire à Pépé qu’il était temps qu’il écrive la suite.
Et c’est là qu’intervint Kronos, écrivit Pépé.
— C’est comme cela que tu le présentes ? s’offusqua Bleuette.
— Et comment veux-tu que j’en parle ? s’énerva Pépé. Kronos, c’est le temps qui passe et moi, je ne vois jamais le temps passer, il va trop vite. Je ne le connais même pas.
— Je peux peut-être en dire deux mots, cliqueta l’horloge.
— Toi, égraine tes secondes tranquillement, veux-tu ?
L’horloge fit un grand gong, vexée, d’autant plus qu’elle et Kronos avaient joué un immense rôle dans le fil de cette histoire.
Vous comme moi, comme Pépé, vivons beaucoup trop vite pour avoir une chance d’apercevoir le temps qui passe, ne serait-ce qu’une fois, bien en face des yeux. Seules les choses qui ne sont pas pressées de vivre sont capable de le sentir vraiment, de l’entendre, et même de discuter avec lui quand celui-ci décide de s’arrêter. Car Kronos aime se reposer de temps à autre, il aime s’arrêter pour réfléchir au destin de chacun.
— Kronos et moi, on a changé le destin de Picou, tinta joyeusement l’horloge comtoise.
Comme celle-ci était en verve, elle cliqueta à Pépé et à Bleuette ce qu’il advint de Picou et de Pica sa compagne..
— Sans moi, Picou serait mort depuis longtemps, dit-elle.
— Sans moi aussi ! miaula Ronron.
Picou était pratiquement mort et Kronos n’y pouvait rien. Encore quelques tours d’aiguilles et Picou serait bon pour l’empaillage. Mais Kronos eut pitié de Pica qui farouchement s’accrochait à l’infime espoir de faire revivre son compagnon. Alors Kronos imagina un stratagème que seul le temps qui passe est en droit d’imaginer. Il suffisait de remonter le fil du temps et d’empêcher la pauvre pie d’aller se fracasser contre cette vilaine voiture. Mais comment faire ? Facile ! Il suffisait d’avoir sous la main une machine à remonter dans le temps. Encore plus facile ! L’horloge comtoise n’était-elle pas une machine à glisser dans le temps en faisant tourner ses aiguilles dans un sens ? Ne suffisait-il pas qu’elle fasse tourner ses aiguilles dans l’autre sens pour escalader le temps passé ? Ni une ni deux, Kronos s’arrangea pour que Bleuette soit passagère de cette machine improvisée.
— Et quelle sensation ! s’exclama Bleuette en bousculant la main de Pépé.
— Tu es folle ? Regarde cette tache !
— Ce n’est pas grave, dit-elle. C’est un brouillon, non ?
Pépé rattrapa les dégâts avec un papier buvard et une gomme.
— Et la suite ? dit-il de mauvaise humeur.
Bleuette prit place dans l’étroite caisse de l’horloge comtoise. L’horloge tourna comme une turbine dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. Trop vite et beaucoup trop ! Avant que Kronos ne s’en aperçoive, Bleuette était déjà arrivée dans un passé si reculé que le manoir n’existait pas encore, avant même que les humains ne foulent cette Terre. Pour comble de malchance, Ronron…
— Ah ! Enfin on reparle de moi, miaula Ronron.
N’ayant pas pris garde que Ronron dormait dans sa caisse, l’horloge propulsa non seulement Bleuette, mais aussi le petit chat, à une époque où vivaient des Coquosaures, des poules préhistoriques avec de grandes dents.
— J’en tremble encore, miaula Ronron.
Fort heureusement Kronos frappa l’horloge en faisant valser ses aiguilles. Il ne lui restait plus qu’à faire revenir Ronron et Bleuette dans le présent, ou juste un peu avant, pour qu’ils puissent prévenir Picou de ne pas traverser imprudemment la route. Plus facile à dire qu’à faire. Il refit tourner l’horloge dans l’autre sens, à une vitesse folle. Hélas, mille fois hélas, l’horloge ne sut pas plus s’arrêter dans le présent que dans le passé. Ronron se retrouva dans un futur de chat, au milieu d’une compagnie de Ronronautes qui se déplaçaient dans un réseau de gouttières géantes. Bleuette quant à elle fut projetée dans un autre avenir, un avenir de plume, peuplé de créatures ressemblant à des anges.
— Zut ! lâcha Pépé.
— Que se passe-t-il ? s’inquiéta Bleuette. Je trouve que tu résumes plutôt bien.
— C’est pas ça, se désola Pépé. J’ai oublié un gros détail !
— Ah bon ? fit Bleuette.
— Miaou ? fit Ronron.
— Ronron ! fit Pépé.
Ronron sursauta.
— J’ai oublié de dire que Ronron avait signé un pacte avec l’Ankou.
Les poils de Ronron se redressèrent comme s’il avait mis sa queue dans une prise électrique.
— Ce n’est pas vrai ! miaula-t-il avec force. Je n’ai jamais signé de pacte ! C’est l’Ankou qui m’a obligé !
— Le résultat est le même, s’énerva Pépé. Tu devais te charger d’achever cette pauvre pie, en échange de quoi l’Ankou te laissait la vie sauve.
Ronron avait donc tout intérêt à jouer le jeu de Kronos. Il avait tout intérêt à revenir au tout début de cette histoire, il fallait qu’il se dépêche pour contrer cette pie avant qu’elle n’aille se faire écraser. Une pie sauve et l’Ankou laisserait tomber sa brouette. Pas de l’Ankou, pas de mauvaise rencontre, pas de mauvaise rencontre et donc pas de pacte avec le valet de la mort ! Ronron devait sauver cette petite pie, en sauvant sa vie, il sauvait aussi la sienne.
— Miaou ! fit Ronron content de lui.
Encore hélas, l’horloge, à force de tourner dans tous les sens, finit par casser ses ressorts. Kronos ne pouvait plus récupérer ni Ronron ni Bleuette quelque part prisonniers du temps.
— Et pourtant on est encore là, tralala ! miaula joyeusement Ronron.
Cependant, la vie des Ronronautes n’était pas si mauvaise que cela. Ronron apprit à se servir du réseau de gouttières, il se fit embaucher dans un cirque et sombra dans la débauche en se gavant de croquettes à la saucisse et fréquentant les bars à chats.
— Miaou, fit Ronron regrettant un peu ce futur passé.
Kat et Minette…
— Et zut encore ! lâcha Pépé. Ceux-là aussi, j’ai oublié de les présenter.
— Pas grave, fit Bleuette. Ce sont les deux Ronronautes qui ont recueilli petit Ronron.
Kat et Minette voyant Ronron dépérir envoyèrent le petit chat consulter un horloger. Celui-ci, grand collectionneur de vieilles horloges et grand voyageur dans le temps, s’en alla réparer l’horloge à Pépé. Et l’histoire ainsi recommença ! Non sans mal, car la vieille horloge à Pépé…
— Je ne suis pas si vieille que ça, martela l’horloge comtoise.
L’horloge à Pépé fit encore du yoyo spatio-temporel entre passés et futurs, rapprochant Bleuette et Ronron un peu plus de leur présent à chaque tour de cadran. Ronron en profita pour rencontrer son lui-même en un peu plus jeune (c’est un paradoxe pour nous les humains, mais pas pour les chats) et l’histoire se retrouva avec deux Ronrons ! Les deux Ronrons ne s’en tinrent d’ailleurs pas là, ils allèrent encore chercher un troisième Ronron en renfort, n’étant pas trop de trois chats pour traquer la pie.
C’est ainsi que Ronron le vieux…
— Je suis pas si vieux que ça, miaula Ronron.
— N’empêche que tu étais le plus vieux des trois chats, rétorqua Bleuette. Il fallait bien te distinguer des deux autres, vous étiez tous les trois pareils.
C’est ainsi que Ronron le vieux, Ronron le jeune et Ronron Junior sauvèrent Picou la pie.
— Et voilà ! fit Pépé. En sauvant la pie, Ronron a sauvé la sienne. Une belle histoire terminée en grande pompe par une belle fête étoilée au manoir. J’entends d’ici les oisillons de Pica et Picou.
— Tu oublies cependant une chose, fit Bleuette.
— Quoi donc ?
— Que sont devenus Ronron Junior et Ronron le jeune ?
— Oh zut, fit Pépé. Ceux qui veulent le savoir n’ont qu’à lire l’histoire jusqu’au bout
L’horloge fit un grand gong.
— Moi je sais où ils sont, martela-t-elle joyeusement.
Pépé sécha Bleuette dans le papier buvard et referma l’encrier.
— Tu penses qu’un éditeur voudra bien de cette histoire ?
— J’en suis certaine, fit Bleuette.
Pépé se mit à rêver.
— Un beau roman avec une belle couverture. Je le poserai là, sur le haut de la cheminée.
Pépé recopia son résumé, en s’appliquant, sans faire aucune rature.
— Une grosse enveloppe comme ça, c’est suffisant ?
— Parfait, lui fit remarquer Bleuette.
— Je prends Biclou et je vais poster mon manuscrit tout de suite, s’excita Pépé.
— Tu lui feras un bisou en passant ?
— À qui ?
— À la marchande de vélos…
Une rencontre improbable entre une belle rémige bleue et un goéland au dessus de l'océan.
Des humains “Bougeants” qui ne prêtent guère attention à la vie des “Fixes”.
Un chat qui rêve de vivre dans un manoir.
Deux pies séparées par les drames de la vie.
Une folle épopée des choses et du temps qui passe…
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